Jeudi 20 août 2009

 Bonjour,


 Puisqu'à la rentrée, mon lycée disposera d'un service d'intranet, les publications seront affecvtées directement sur le serveur interne.

Je laisserai quelques temps ce blog le temps de transférer les articles.

Peut être ajouterai-je quelques articles sur facebooks...

Bonne route !

Mister L.
Par MISTER L. - Publié dans : Actu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 6 juillet 2009

EXEMPLE DE BONNE COPIE / pour réviser l’oral du second  tour en ST2S

 

Si l’intérêt rapproche les hommes, ce n’est jamais que pour quelques instants ; il ne peut créer entre eux qu’un lien extérieur. Dans le fait de l’échange, les divers agents restent en dehors les uns des autres, et, L’opération terminée, chacun se retrouve et se reprend(1) tout entier. Les consciences ne sont que superficiellement en contact ; ni elles ne se pénètrent, ni elles n’adhèrent fortement les unes aux autres. Si même on regarde au fond des choses, on verra que toute harmonie d’intérêts recèle un conflit latent ou simplement ajourné. Car là où l’intérêt règne seul, comme rien ne veut refréner les égoïsmes en présence, chaque moi se trouve vis-à-vis de l’autre sur le pied de guerre et toute trève à cet éternel antagonisme(2) ne saurait être de longue durée. L’intérêt est en effet ce qu’il y a de moins constant au monde. Aujourd’hui, il m’est utile de m’unir à vous ; demain, la même raison fera de moi votre ennemi. Une telle cause ne peut donc donner naissance qu’à des rapprochements passagers et à des associations d’un jour.

Emile Durkheim, De la division du travail social

(1)     Se reprend : retrouve sa liberté

(2)     Antagonisme : forte contradiction

 

Questions :

1.       Quelle est l’idée principale du texte et quelles sont les étapes de l’argumentation ?

2.       Expliquez les expressions suivantes :

a)       « Les consciences ne sont que superficiellement en contact »

b)       « Toute harmonie d’intérêts recèle un conflit latent ou simplement ajourné »

c)       « Aujourd’hui, il m’est utiel de m’unir à vous ; demain, la même raison fera de moi votre ennemi. »

 

3.       Analyse de problématique : Le lien social ne peut-il reposer que sur l’intérêt ?

RELIRE LE COURS : les échanges sont-ils nécessairement conflictuels ?

Copie de ERIKA.

 

Question 1 : idée principale

 Le texte montre que si certaines personnes se rapprochent les unes de autres simplement par intérêt ; ce rapprochement ne durera jamais très longtemps. Il n’est que superficiel, les personnes créent entre elles un lien extérieur.

L’auteur explique que lorsqu’on est dans cette situation de rapprochement par intérêt, quand l’échange entre les personnes se fait, elles ne sont pas vraiment elles-mêmes, c’est une fois que l’opération se termine, qu’elles retrouvent leur liberté. On peut donc dire que ce rapprochement ne se fait qu’en surface, l’idée de ne faire qu’un est loin d’être présente.

Et si on regarde plus loin que ce qu’il y a en surface, on voit que cette harmonie d’intérêts cache soit un conflit prêt à surgir, soit un conflit, simplement ajournée.

On en vient à dire que l’intérêt ne dure jamais très longtemps, il ne dure que selon son utilité. On parle de rapprochement passager ou d’une association d’un jour.

Dans ce texte, l’auteur a réfléchi sur els conséquences et sur les effets d’un rapprochement entre deux personnes qui en se fait que par intérêt.

On peut séparer ce texte en trois parties

·         L1 à 5 «  si l’intérêt à…les unes des autres » dans cette aprtie, l’auteur montre que le lien crée n’est que superficiel et que lors des  échanges, les personnes en sont pas elles-mêmes.

·         L 5 à 8 «  Si même…à…longue durée »

·         Dans cette deuxième partie, on nous révèle la présence d’un conflit bien caché mais prêt à surgir.

·         L8 à l 11 «  l’intérêt…d’un jour »

·         Dans cette dernière partie, on nous explique que l’intérêt ne dure jamais très longtemps, il en dure que selon son utilité.

On assiste don seulement à un rapprochement passager

 

Question 2 :

a)      «  Les conscience ne sont que superficiellement en contact » l3,4

Lorsqu’on se rapproche d’une personne par intérêt, c’est eu l’on en cherche pas réellement à créer de lien. On cherche juste à satisfaire notre intérêt sans trop aller plus loin. On ne s’intéresse pas à la personne, on s’intéresse seulement à ce qu’elle peut nous apporter.

Prenons un exemple.

Imaginons que je cherche la réponse à un problème et que je sais qu’une fille de ma classe a la réponse ; même si je ne aprle jamais à cette fille habituellement, je vais aller voir cette personne pour qu’elle me donne la réponse. En faisant cela, je ne cherche pas à créer de line, une fois qu’elle m’aura donné la réponse, les choses redeviendront ce qu’elles étaient avant. Le rapprochement qui se crée entre elle et moi ne durera que le temps qu’elle me donne la réponse. On peut également dire que lors de notre échange, nos consciences ne s’intéressent qu’à notre problème et non à notre personne. Le seul lien qui nous rapproche est le problème et o en cherche ni l’une ni l’autre à aller plus loin. Ce qui nous amène à dire que nos consciences ne sont que superficiellement en contact. Et ne cherchant pas à connaître l’intérieur de la personne, on parle alors de lien extérieur, il ne al concerne pas directement.

b)      « Toute harmonie d’intérêts recèle un conflit latent ou simplement ajourné » ( l 5 à 6)

Si l’on ne s’intéresse à une personen qeu apr intérêt, cela veut dire que sans cet intérêt, cette personne nous importe peu, voire nous insupporte.

Quand il n’ y a pas d’entente entre deux personnes et qu’elles n’ont aucun lien qui les rapproche habituellement, le fait qu’elles se rapprochent uniquement l’une de l’autre par intérêt, montre alors une forme d’égoïsme. Mais  cette recherche d’intérêt personnel ne peut qu’entraîner des conflits.

Lorsque les deux personnes y trouvent leur compte, tout va bien en apparence. Mais lorsque ce rapprochement n’apporte plus rien à l’une des deux personnes, l’égoïsme étant très présent lors de ces situations ne peut qu’engendrer ou faire resurgir des conflits.

Par exemple, même si une personne  nous agace habituellement, si l’on va la voir par intérêt, le fait de voit que la personne peut  nous aide et nous apporte quelque chose d’utile notre agacement passera au second plan, et ne se laissera pas voir. Mais lorsque la personne ne nous apporte plus rien d’utile, alors cet agacement, qui s’était estompé le temps de l’intérêt, reprendra aussitôt le dessus et resurgira.

On est mené à dire qeu cette harmonie passagère qu’il y a entre deux personnes qui ne s’apprécient aps  réellement end ure qu’un temps et peut basculer à tout moment.

 

c)       « Aujour’dhui, il m’est utile de m’unir à vous ; demain, la même raison fera de moi votre ennemi » ( L 9 à 10)

 

Avec cette expression l’auteru veut montrer l’égoïsme à laquelle on peut avoir recours pour trouver notre propre intérêt sur al chose. Il explique que l’on fait les choses comme elles nous sont utiles. On fait en sorte de tout tourner à notre avantage, sans même se préoccuper des autres. Tout peut changer du tout au tout, à tout moment et sans réelles raisons, si ce n’est notre propre profit.

Par exmpel, si ej décide de devenir déléguée, ej vais faire en sorte que tout le modne dans al classe m’aime bien,je vais me forcer à parler et à prêter attention à tout le monde. Mais uen fois que el délégué est choisi, je en vais plsu me forcer et les gens que je n’apprécie aps n’auront plsu aucuen importance pour moi  (   NDCORRECTEUR / 0 NUANCER !)

Ceraines personnes sotn prêtes à tout pour obtenir ce qu’elles veulent, sans même se soucier des conséquences que cel pourrait avoir. Quand elles ont uen idée en tête, elles feront tout et n’improte quoi pour atteindre leur but.

 

Note : cette question est moins bien traitée.  Il fallait interroger les limites de l’attitude intéressée. L’élève aurait du aussi varier les exemples, et explorer différents niveaux d’analyse ( en politique, en morale…).

 

 

Question 3 : ANALYSE DE LA PROBLEMATIQUE

 

Le lien social ne peut-il reposer que sur l’intérêt ?

 

Dans ce texte d’ Emile Durkheim, De la division du travail, l’auteru n’a réfléchi que sur al question de ce qu’apportent el rapprochements apr intérêt, mais en aucun cas, il n’a parlé des liens sociaux qui en reposent aps sur l’intérêt.

Il existe différents types de liens sociaux qui peuvent se créer.

Dans une première partie nous allons traiter des liens sociaux qui  reposent sur l’intérêt et ensuite sur ceux se créent sans intérêt particulier.

 

L’intérêt des délégués est de faire en sorte qu’il y ait une  bonne entente dans al classe et pour cela, eux-mêmes doivent créer des liens avec tous les élèves pour éviter l’exclusion de certains. De plus, ils doivent gérer les conflits et améliorer le s  liens entre deux personnes en froid.

Ces liens dans ce cas présent ne se font que pour un but précis, on en va pas dire qu’ils se forcent mais presque, car les liens ne se font pas naturellement et ont un but précis.

Ensuite, on peut parler des liens qui se créent par intérêt personnel et qui sont de courte durée.

(…)

Quels sont les liens qui ne sont pas fondés sur l’intérêt ?

 

Les liens d’amitié se font naturellement avec les gens avec qui on s’entend bien et avec lesquels on aune certaine complicité. Ce sont des personnes qui nous attirent plus que d’autres et qu’on a envie de connaître. Ces liens sont asse forts, puisqu’il y a de la confiance, de l’envie et du partage : c’est à sa meilleure amie que l’on raconte nombre de choses su sa vie privée et avec qui on passe la pluparrt de son temps. Ce lien est asse fort et unique : rien en remplace sa meilleure amie.

 

Les liens d’amour ne reposent pas non plu sur l’intérêt.  C’est un lien très intense qui mérite d’être connu par tout el monde. Quand on forme un couple, c’est comme si à deux on ne formait qu’un. On partage tout, on est complice, on se dit tout et on affronte ensemble les bons comme els mauvais moments de la vie. C’est un lien qui peut durer très longtemps mais qui peut aussi se rompre à tout moment. C’est avec son partenaire qu’on veut passer le restant de ses jours. Rien n’est comparable et rien ne peut remplacer le lien d ‘amour (à nuancer). Il se crée naturellement et sans prévenir.

 

Enfin, il y a également el lien familial.

 

Tous ces liens que je viens de citer ne sont pas des liens qui reposent sur l’intérêt, ce sont des liens qui se font naturellement et qui peuvent durer longtemps voire toute la vie. Le lien qui se crée est interne. Dans ce lien, on est soi-même et on reste libre. Nos consciences sont totalement en contact puisqu’elles se pénètrent, et elles adhèrent fortement els unes aux autres. Si tout est dans le partage, il n’y a ni conflit, ni égoïsme.

 

Je pense qu’il existe différents types de liens sociaux et qu’ils ne reposent pas tous sur l’intérêt. Je favorise d’ailleurs les liens qui se  font naturellement et sans but précis, sans arrière pensées. Bien que les rapprochements par intérêt soient parfois utiles, je pense qu’il y a des limites à ne pas dépasser. (Lesquelles ?)

 

 

Note de Mister L  : Le candidat parvient à ancrer le sujet dans l’existence quotidienne, et à chercher par des distinctions à répondre au sujet. Toutefois, il aurait été judicieux d’explorer les différentes dimensions du problème et de définir les enjeux :

Exemples de questions à explorer :

 Comment la cohésion sociale est-elle possible ? Est-ce la division du travail qui nous permet de vivre ensemble ? Comment bien vivre ensemble ?  les liens juridiques sont-ils suffisants ? Comment se créer des conditions de vie agréables et comment maintenir la paix ? A quelles conditions la vie en société peut-elle être heureuse ?

 

 

 

 

Par MISTER L. - Publié dans : ORAL du 2ND TOUR
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 6 juillet 2009

Le BAC JOUR J !

MARDI  MATIN A 9 H AU LYCEE SAINT LOUIS !

3 possibilités :

1.       Vous voyez votre nom sur une liste d’admis, avec ou sans mention : BRAVO ET BONNES VACANCES !

2.       Vous ne voyez pas votre nom, nulle part : vous n’existez pas, vous avez cru exister mais en fait, non, c’était un rêve ! Bon d’accord, c’est dur, ça veut dire que vous êtes déjà éliminé ! Mais à considérer les choses de prêt, vous êtes en vacances !!!   TREVE DE BETISE,  mais y a plus grave dans la vie !  BON COURAGE ! Vous aurez un bon dossier l’année prochaine pour votre poursuite d’études.   En TL, vous aurez le plaisir de travailler avec mon éminent et sympathique collègue !

3.       Vous voyez votre nom, mais avec la mention ORAL DU SECOND TOUR ! C’est là que les questions commencent ! Rien n’est perdu ! Il faut faire les bons choix.

QUE FAIRE EN CAS D ORAL DE RATTRAPAGE ?

 

1.       Retirer au secrétariat vos notes, et la date de votre convocation. Choisissez deux matières (Cf. la stratégie indiquée en cours : repérer les différences entre la note obtenue et la moyenne d’année). Je serai là en début de matinée, et je laisserai des documents si nécessaire.

2.       Pour la philo  rappel des conditions des épreuves orales.

PREPARATION : 20 m.

PASSAGE : 20 mn (10 mn Explication de texte, et 10 mn entretien)

Venez avec DEUX EXEMPLAIRES des œuvres étudiées, une pour vous, une pour votre professeur examinateur.

En ST2S , une liste des textes sera à votre disposition au secrétariat.

 

REVISEZ les textes , et entraînez-vous à les expliquer ! Revoir les cours correspondants.

**********************************************************************************

COMMENT PRESENTER LES TEXTES ?

 

En TL :

On vous demandera peut être de choisir l’une des deux œuvres, préparez vous à cette éventualité. Vous devrez expliquer un passage choisi par l’examinateur. Vous pouvez lui proposer les passages particulièrement étudiés.

Proposer une introduction où vous présentez rapidement l’auteur. Définissez bien la problématique  de l’œuvre pour situer le passage à expliquer.

Ensuite, LISEZ LE TEXTE

ET procédez comme dans une explication de texte normale.  PROBLEMATIQUE. THESE. DEMARCHE DE L AUTEUR PLAN

 

Partie par partie : UTILISEZ LES OUTILS HABITUELS

1.       Ce qui est dit, comment c’est dit, pourquoi c’est dit , ce qui est juste, contestable et dangereux selon l’auteur

2.       Ce qui est juste contestable et dangereux chez l’auteur

3.       Pensez à définir els notions importantes !

Règle d’or : N’oubliez pas de vous appuyer sur le texte. Si vous êtes perdus, revenez au texte ! Evitez de réciter, re-pensez, re-faites le cheminement !

 

APRES AVOIR EXPLIQUE LE TEXTE, votre examinateur vous posera quelques questions. Elles sont là pour vous aider à vous mettre sur la voie.

Exemples de questions possibles :

1.       Comment Bergson définit-il la matière ?

2.       Croyez-vous en l’esprit ?

3.       La science peut-elle tout expliquer ?

4.       Comment Platon définit-il la Justice ?

5.       La politique est-elle un art ou une science ?

6.       Quelle est la méthode utilisée par Platon ?

En  question subsidiaire, en tant qu’examinateur, je demande toujours à mes candidats : «  Qu’est-ce que la philosophie ? ».

BONNES PREPARATIONS !

 

 

 

 

 

 

Par MISTER L. - Publié dans : ORAL du 2ND TOUR
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 18 juin 2009
Source : Le Figaro

cf. attention, le chargement est long, mais ça vaut le détour !

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/06/18/01016-20090618ARTFIG00532-la-dissert-de-philo-de-jean-d-ormesson-.php
Par MISTER L. - Publié dans : Dissertations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 18 juin 2009

Le candidat traitera l’un des trois sujets suivants, au choix.


Sujet 1

 

 


Sujet 2

 

 



Sujet 3

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées

principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et

demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

La

 

loi ne consiste pas tant à limiter un agent libre et intelligent qu’à le guider vers ses propres

intérêts, et elle ne prescrit pas au-delà de ce qui conduit au bien général de ceux qui sont

assujettis à cette loi. S’ils pouvaient être plus heureux sans elle, la

 

loi s’évanouirait comme une

chose inutile ; et ce qui nous empêche seulement de tomber dans les marais et les précipices

mérite mal le nom de contrainte. De sorte que, quelles que soient les erreurs commises à son

propos, la

 

finalité de la loi n’est pas d’abolir ou de restreindre mais de préserver et d’élargir la

liberté

 

; et dans toutes les conditions des êtres créés qui sont capables de vivre d’après des lois,

où il n’y a pas de loi, il n’y a pas de liberté.

 

Car la liberté consiste à être délivré de la contrainte et

de la violence exercées par autrui, ce qui ne peut être lorsqu’il n’y a point de loi ; mais la liberté

n’est pas ce que l’on nous dit, à savoir

 

 

 

une liberté, pour tout homme, de faire ce qui lui plaît (car

qui peut être libre quand n’importe quel homme peut nous imposer ses humeurs ?). Mais c’est une

liberté

 

 



1.

 

 


2.

a)

 

 

b)

 

 

c)

 

 



3.

 

 

La loi est-elle la condition de la liberté ?Comment Locke définit-il la liberté ? Expliquez cette définition en vous appuyant précisément

sur le texte.

En vous appuyant sur l’image de la ligne 4, expliquez : « guider [un agent libre et intelligent]

vers ses propres intérêts ».

Précisez la conception de la liberté à laquelle Locke s’oppose dans ce texte.Dégagez la thèse de ce texte et mettez en évidence les étapes de son argumentation.
de disposer et d’ordonner comme on l’entend sa personne, ses actions, ses biens et

l’ensemble de sa propriété, dans les limites de ce qui est permis par les lois auxquelles on est

soumis ; et, dans ces limites, de ne pas être assujetti à la volonté arbitraire de quiconque, mais de

suivre librement sa propre volonté.

LOCKE

: La technique s’oppose-t-elle à la nature ?
: Peut-on être sûr d’avoir raison ?
Par MISTER L. - Publié dans : Actu
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 18 juin 2009
Société 18/06/2009 à 15h40  source : Libération !

«Que gagne-t-on à échanger ? Un supplément d’âme»

LE BAC VU PAR

Le philosophe Vincent Cespedes a planché pour Libération.fr sur un des sujets du bac de philo. Exercice de style totalement libre. Voici sa copie, rendue à 15h42.

18 réactions

Par VINCENT CESPEDES, philosophe écrivain

De mon point de vue, «Que gagne-t-on à échanger?» est le plus beau sujet du Bac philo 2009. Beau parce que poétique (c’est-à-dire faisant trembler nos émotions les plus intimes) et politique (c’est-à-dire faisant trembler le monde).

Le présupposé est facile à déceler: «Nous avons la capacité d’échanger». C’est ce verbe assez mystérieux qu’il faut interroger d’emblée.

On pense tout de suite aux transactions matérielles – troc, argent, biens divers. Puis l’immatériel nous saisit – conversation, dialogue, confidences, apprentissage, mais aussi émotions, tendresse, amour. Point commun : pour qu’il y ait échange, il faut que je prenne et que je donne, autrement dit qu’il y ait transaction entre au moins deux partis, transmission mutuelle. Comment, dès lors, parler de «gain», si la nature même de l’échange est de tendre vers la réciprocité, le donnant-donnant, l’accord des deux parties ? Inversement, si l’échange est déséquilibré, s’il induit une nette différence permettant de parler d’un «gagnant» (victorieux) et d’un «perdant» (lésé), en quoi s’agirait-il encore d’un échange, à proprement parler ?

Une distinction semble ici nécessaire. Dans l’échange matériel, ce que je donne ne m’appartient plus, je le perds au profit de ce que je reçois en contrepartie ; tandis que dans l’échange immatériel, je ne me dépossède pas de ce que je donne. L’échange matériel inverse la possession des choses, change les titres de propriété (cela vaut également pour les flux virtuels de la Bourse) ; l’échange immatériel, en revanche, est un partage. Je ne perds pas le savoir que j’enseigne, l’information que je livre ni la caresse que je prodigue.

Le commerce des biens est une translation négociée, où dans le meilleur des cas chacun ressort «gagnant» quand il atteint ses objectifs – des objectifs quantifiables −, mais où il est coutume d’essayer de sortir plus gagnant que l’autre, voire de l’écraser. Échange d’armes, serait-elles virtuelles ou indexées sur le CAC 40. Échange-combat, fait de pressions, de chantages, de bluff ; «univers impitoyable» à la Dallas, où tout le monde essaie d’être l’arnaqueur en évitant à tout prix d’être l’arnaqué. Charles Fourier (1772-1837) va même jusqu’à dire que «le commerce est en guerre contre tout le corps social, spoliant les classes productives, les gouvernements.» Au bout de cet échange-là, si l’on pousse sans frein sa logique guerrière, il y a l’esclavage et la déshumanisation: que l’on soit riche ou pauvre, personne n’en ressort gagnant. Relisons les magnifiques pages de Benjamin Constant (1767-1830) dans De l’esprit de conquête et de l’usurpation (1814) : «La guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d’arriver au même but, celui de posséder ce que l’on désire. Le commerce n’est autre chose qu’un hommage rendu à la force du possesseur par l’aspirant à la possession. C’est une tentative pour obtenir de gré à gré ce qu’on n’espère plus obtenir par la violence. Un homme qui serait toujours le plus fort n’aurait jamais l’idée du commerce. C’est l’expérience qui, en lui prouvant que la guerre – c’est-à-dire l’emploi de sa force contre la force d’autrui – est exposée à diverses résistances et à divers échecs, le porte à recourir au commerce, c’est-à-dire à un moyen plus doux et plus sûr d’engager l’intérêt des autres à consentir à ce qui convient à son intérêt.»

Le commerce dominateur et sans scrupules partage avec la guerre les mêmes objectifs: non pas l’échange, mais l’appropriation. Et c’est lorsque j’y perds matériellement (en force, en argent) que j’y gagne immatériellement (en expérience, en savoir-faire). L’échange guerrier − commercial ou ouvertement violent – ne constitue un gain en lui-même que dans la mesure où je perds la bataille et j’apprends de mes erreurs. L’adversaire triomphant, lui, a bien tiré profit du conflit sur le plan matériel, mais n’a rien tiré de l’échange en lui-même. Il conquiert l’autre en le niant, passant donc à côté du gain lié à l’acte d’échanger : un gain foncièrement immatériel, qualitatif. Un gain d’humanité.

Ce gain de l’échange en lui-même, indépendant du bénéfice financier, est bien mis en valeur dans la pratique très orientale du marchandage. Discuter un prix, charmer, convaincre, jouer, cela vise bien plus qu’une négociation commerciale, n’en déplaise aux touristes cul-serrés. C’est le plaisir de l’échange pour l’échange, contrairement aux marchands européens qui arnaquent peut-être davantage mais en toute objectivité, puisque leurs prix sont affichés. Discuter un prix sur le marché, c’est d’abord et avant tout discuter. Le gain n’est pas d’abord un profit quantifiable mais une complicité, une énergie transmise, un enthousiasme qui rapproche. Or, ce commerce des âmes, bien plus vital que celui des biens, fait cruellement défaut aux sociétés technocratiques et informatisées. L’écrivain étatsunien Don DeLillo le note avec humour, dans sa pièce Valparaiso (1999) : «Elle a sa console et sa RAM. J’ai mon pauvre petit bout de papier. Mais je veux que quelque chose passe entre nous. Un soupçon d’échange humain. Une nuance.»

Cette «nuance» nous transforme, c’est cela qui est bon, et effrayant. Car échanger, c’est s’échanger. Je dirais même − pour reprendre le concept central de ma philosophie − : «se mélanger». Italo Calvino (1923-1985) l’écrit poétiquement : «La vie n’est qu’un échange d’odeurs».

Oui, c’est de la vie qui s’échange dans l’échange immatériel, y compris les informations prétendument «objectives» dont nous abreuvent les mass media. Qui n’a pas senti dans l’échange quel qu’il soit une certaine «magie qui passe», une «bonne vibration» qui chamboule nos émotions et ancre l’autre dans notre corps, notre cœur, notre mémoire ? La philosophie française, obsédée par l’allemande, a trop longtemps dénigré et méprisé cette expérience singulière et essentielle qui bouleverse tout un chacun.

Pour Julien Offray de La Mettrie (1709-1751), la conversation est un vital appétit d’échange qui «me rend le même service qu’un bon livre, elle relève mon âme, elle nourrit et restaure en quelque sorte un être qui mourrait comme d’inanition : c’est presque rendre la vie à un cadavre.» Dans l’échange philosophique, Socrate délivre les pédants de leurs préjugés et redonne vie à la pensée pétrifiée en dogmes. Dans l’échange pédagogique, le bon maître apprend à l’élève, mais aussi de l’élève : le cheminement de l’apprentissage s’opère par un va-et-vient passionnant. Dans l’échange amoureux véritable (à ne pas confondre avec l’encouplement qui met l’amour sous contrat !), les libertés se renforcent l’une avec l’autre, les horizons s’élargissent en se conjuguant ; les amants mélangent leurs jus et leurs joies dans une intense « percolation ». L’échange humain se décline sur le mode fertile et incontrôlable de la création.

Que gagne-t-on à échanger? – Un accroissement de vie ou, pour le dire autrement : un supplément d’âme. Un essor, aussi infime soit-il, qui déploie et vivifie grâce à l’autre nos désirs, nos rêves, notre identité, nos talents. C’est la leçon qu’Édouard Glissant nous chuchote, depuis sa Caraïbe : «Je peux changer, en échangeant avec l’Autre, sans me perdre pour autant.»

Vincent Cespedes, philosophe, écrivain

auteur de J’aime, donc je suis (Larousse) un cahier de vacances philo sur l’amour.

http://www.vincentcespedes.net/fr/

 

Par MISTER L. - Publié dans : Dissertations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 18 juin 2009

Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants :

1

er SUJET

Que gagne-t-on à échanger ?

2

e SUJET

Le développement technique transforme-t-il les hommes ?

3

e SUJET

Expliquez le texte suivant :

Quant à savoir s’il existe le moindre principe moral qui fasse l’accord de

tous, j’en appelle à toute personne un tant soit peu versée dans l’histoire de

l’humanité, qui ait jeté un regard plus loin que le bout de son nez. Où

trouve-t-on cette vérité pratique universellement acceptée sans doute ni

problème aucun, comme devrait l’être une vérité innée ? La justice et le

respect des contrats semblent faire l’accord du plus grand nombre ; c’est un

principe qui, pense-t-on, pénètre jusque dans les repaires de brigands, et

dans les bandes des plus grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le plus

loin dans l’abandon de leur humanité respectent la fidélité et la justice entre

eux. Je reconnais que les hors-la-loi eux-mêmes les respectent entre eux ;

mais ces règles ne sont pas respectées comme des lois de nature innées :

elles sont appliquées comme des règles utiles dans leur communauté ; et

on ne peut concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices

mais pille et assassine en même temps le premier honnête homme venu,

embrasse la justice comme un principe pratique. La justice et la vérité sont

les liens élémentaires de toute société : même les hors-la-loi et les voleurs,

qui ont par ailleurs rompu avec le monde, doivent donc garder entre eux la

fidélité et les règles de l’équité, sans quoi ils ne pourraient rester ensemble.

Mais qui soutiendrait que ceux qui vivent de fraude et de rapine ont des

principes innés de vérité et de justice, qu’ils acceptent et reconnaissent ?

John

LOCKE, Essai sur l’entendement humain

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que

l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème

dont il est question.

Par MISTER L. - Publié dans : Actu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 18 juin 2009

1

ER sujet :

Est-il absurde de désirer l’impossible ?

2

ème sujet :

Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ?

3

ème sujet :

Expliquer le texte suivant :


Les affaires générales d’un pays n’occupent que les principaux citoyens.

Ceux-là ne se rassemblent que de loin en loin dans les mêmes lieux ; et,

comme il arrive souvent qu’ensuite ils se perdent de vue, il ne s’établit pas

entre eux de liens durables. Mais quand il s’agit de faire régler les affaires

particulières d’un canton par les hommes qui l’habitent, les mêmes individus

sont toujours en contact, et ils sont en quelque sorte forcés de se connaître et

de se complaire.

On tire difficilement un homme de lui-même pour l’intéresser à la

destinée de tout l’État, parce qu’il comprend mal l’influence que la destinée de

l’État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un chemin au bout de

son domaine, il verra d’un premier coup d’oeil qu’il se rencontre un rapport

entre cette petite affaire publique et ses plus grandes affaires privées, et il

découvrira, sans qu’on le lui montre, le lien étroit qui unit ici l’intérêt particulier

à l’intérêt général.

C’est donc en chargeant les citoyens de l’administration des petites

affaires, bien plus qu’en leur livrant le gouvernement des grandes, qu’on les

intéresse au bien public et qu’on leur fait voir le besoin qu’ils ont sans cesse

les uns des autres pour le produire.

On peut, par une action d’éclat, captiver tout à coup la faveur d’un

peuple ; mais, pour gagner l’amour et le respect de la population qui vous

entoure, il faut une longue succession de petits services rendus, de bons

offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une réputation

bien établie de désintéressement.

Les libertés locales, qui font qu’un grand nombre de citoyens mettent du

prix à l’affection de leurs voisins et de leurs proches, ramènent donc sans

cesse les hommes les uns vers les autres, en dépit des instincts qui les

séparent, et les forcent à s’entraider.

TOCQUEVILLE,

De la démocratie en Amérique

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que

l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont

il est question.

Par MISTER L. - Publié dans : Actu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 18 juin 2009

9PHLIME1

 

 

BACCALAURÉAT GÉNÉRAL

SESSION 2009

PHILOSOPHIE

Série L

Durée de l’épreuve : 4 heures - coefficient : 7

Ce sujet comporte 2 pages numérotées de 1 à 2.

L’USAGE DE LA CALCULATRICE EST STRICTEMENT INTERDIT

9PHLIME1

 

 

L'usage des calculatrices est interdit.

1

er sujet

L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ?

2

e sujet

Le langage trahit-il la pensée ?

3

e sujet

Expliquez le texte suivant :

Il n'y a pas de satisfaction qui d'elle-même et comme de son propre mouvement vienne à

nous ; il faut qu'elle soit la satisfaction d'un désir. Le désir, en effet, la privation, est la

condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir et par

conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement ne sauraient être qu'une

délivrance à l'égard d'une douleur, d'un besoin ; sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet

seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité,

trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous fait de l'existence un fardeau. Or c'est

une entreprise difficile d'obtenir, de conquérir un bien quelconque ; pas d'objet qui ne soit

séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin ; sur la route, à chaque pas, surgissent

des obstacles. Et la conquête une fois faite, l'objet atteint, qu'a-t-on gagné ? Rien assurément,

que de s'être délivré de quelque souffrance, de quelque désir, d'être revenu à l'état où l'on se

trouvait avant l'apparition de ce désir. Le fait immédiat pour nous, c'est le besoin tout seul

c'est-à-dire la douleur. Pour la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les connaître

qu'indirectement ; il nous faut faire appel au souvenir de la souffrance, de la privation passée,

qu'elles ont chassées tout d'abord. Voilà pourquoi les biens, les avantages qui sont

actuellement en notre possession, nous n'en avons pas une vraie conscience, nous ne les

apprécions pas ; il nous semble qu'il n'en pouvait être autrement ; et, en effet, tout le bonheur

qu'ils nous donnent, c'est d'écarter de nous certaines souffrances. Il faut les perdre pour en

sentir le prix ; le manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans

intermédiaire s'offre à nous.

Schopenhauer,

 

Le monde comme volonté et comme représentation

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende

compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Vous traiterez l’un des trois sujets suivants :

Page : 2/2Page : 1/2
Par MISTER L. - Publié dans : Actu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 18 juin 2009
Des dissertations assez difficiles en L, mais un sujet texte, trèa abordable et plaisant à traiter !

« Il n'y a pas de satisfaction qui d'elle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous ; il faut qu'elle soit la satisfaction d'un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement ne sauraient être qu'une délivrance à l'égard d'une douleur, d'un besoin ; sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous fait de l'existence un fardeau. Or c'est une entreprise difficile d'obtenir, de conquérir un bien quelconque ; pas d'objet qui ne soit séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin ; sur la route, à chaque pas, surgissent des obstacles. Et la conquête une fois faite, l'objet atteint, qu'a-t-on gagné ? Rien assurément, que de s'être délivré de quelque souffrance, de quelque désir, d'être revenu à l'état où l'on se trouvait avant l'apparition de ce désir. Le fait immédiat pour nous, c'est le besoin tout seul, c'est-à-dire la douleur. Pour la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les connaître qu'indirectement ; il nous faut faire appel au souvenir de la souffrance, de la privation passée, qu'elles ont chassées tout d'abord. Voilà pourquoi les biens, les avantages qui sont actuellement en notre possession, nous n'en avons pas une vraie conscience, nous ne les apprécions pas ; il nous semble qu'il n'en pouvait être autrement ; et, en effet, tout le bonheur qu'ils nous donnent, c'est d'écarter de nous certaines souffrances. Il faut les perdre pour en sentir le prix ; le manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans intermédiaire s'offre à nous. »

Schopenhauer – Le Monde comme volonté et comme représentation

Extrati de PHILOMAG, l'excellent magazien de pHILO


http://philomag.com/fiche-philinfo.php?id=133

Éléments d'introduction.

Bien souvent, lorsque nous voyons se réaliser enfin ce que nous avons ardemment désiré, la satisfaction que nous éprouvons paraît bien minime par rapport à l'intensité du désir qui nous animait. Loin de nous procurer le bonheur, la satisfaction de nos désirs ressemble ainsi davantage à une forme de déception. C'est à ce phénomène que s'intéresse Schopenhauer dans ce texte extrait du Monde comme volonté et comme représentation. Il y explique en effet que nous n'accédons à la satisfaction et à la jouissance qu'indirectement et en réalité négativement, comme annulation de la privation et de la souffrance que représente le désir. Par là, il apporte des éléments de réponse à la question suivante : pourquoi ne parvenons pas à accéder au bonheur même lorsque nous voyons nos désirs satisfaits ? Pourquoi sommes-nous inlassablement soumis à des désirs qui ne semblent pas pouvoir nous rendre heureux et dont nous ne parvenons pourtant pas à nous défaire ? Schopenhauer s'intéresse ainsi ici à cette réalité mystérieuse que constitue le désir, à mi-chemin entre plaisir et souffrance et dont nous avons finalement du mal à déterminer s'il constitue quelque chose de positif ou de négatif dans notre existence.
Il y pourtant bien là un paradoxe : ce que montre ici Schopenhauer, c'est que la satisfaction n'en est pas vraiment une et que, paradoxalement, pour connaître la satisfaction il nous faut « faire appel au souvenir de la souffrance, de la privation passée » (l.14). Plus surprenant encore, il affirme « le manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive » (l.19). Comment justifier une telle thèse ? Comment comprendre que la satisfaction ne soit vécue que dans la mémoire des privations vécues ?
Le texte s'organise en trois temps. Dans une première partie, Schopenhauer explique que le désir est synonyme de privation et de souffrance (du début à « … fait de l'existence un fardeau » l.7). Ensuite, il s'emploie à expliquer pourquoi la satisfaction ne nous procure pas la joie que nous pouvions en attendre (de « Or, c'est une entreprise difficile… » l.7 à « … l'apparition de ce désir » l.12). Enfin, dans un dernier temps, il peut conclure sur sa thèse : nous ne connaissons la satisfaction qu'indirectement et seules la privation et la douleur se donnent à nous directement.


Première partie (de « Il n'y a pas de satisfaction… » l.1 à « … nous fait de l'existence un fardeau. » l.7).

Dans cette première partie, Schopenhauer développe l'idée qui va servir de point d'appui à sa thèse : le désir est souffrance.
D'abord, il caractérise la satisfaction. Elle n'est pas immédiate, mais ce que l'on appelle la satisfaction, c'est la satisfaction d'un désir. Nous n'éprouvons pas de satisfaction spontanément, comme sentiment de jouissance qui se donnerait à nous, mais seulement lorsqu'un désir est comblé. Par là, il lie de manière indissociable satisfaction et désir. La satisfaction est satisfaction d'un désir.
Or, qu'est-ce que le désir ? C'est ce qui suit dans le texte (à partir de la ligne 2). Le désir est une privation, qui est « condition préliminaire de toute jouissance » comme nous venons de le voir. Nous appelons jouissance le soulagement éprouvé à voir cesser la privation que constitue le désir. En effet, le désir en lui-même est attente, espoir, dans lequel nous souhaitons prendre possession d'un objet (ou d'un être) qui n'est pas nôtre et dont nous éprouvons le manque. Je ne désire que ce que je n'ai pas. C'est la raison pour laquelle le désir est caractérisé comme souffrance : c'est une privation, un manque dont nous avons conscience et dont nous souffrons.
Il y a donc trois moments à distinguer : le désir comme privation (et donc souffrance), la satisfaction comme moment où ce manque qu'est le désir prend fin parce qu'il est comblé, la jouissance qui est le sentiment éprouvé lors de la satisfaction. C'est sur la nature de ce sentiment que le questionnement porte : est-ce, finalement, du plaisir ou un simple soulagement à voir cesser la souffrance que représentait le désir ?
La suite du texte (à partir de la ligne 4) répond à cette question : la jouissance est en effet soulagement, « délivrance » dit le texte. D'ailleurs, ce soulagement à l'égard d'une souffrance éprouvée est très large, très général. Comme le dit la fin de cette partie, il s'agit bien sûr des souffrances manifestes, conscientes (le désir amoureux), mais aussi de souffrances moins violentes, qui causent des désagréments ou des troubles – ce que nous appellerions une simple « envie » et même, ce qui semble être l'absence de sentiment : l'ennui qui est, en somme, l'alternative au désir. Soit nous désirons et sommes dans l'état de souffrance décrit plus haut, soit nous ne désirons rien et nous sombrons dans un ennui qui est tout autant source de trouble.

Transition. La violence de ce désir qui est souffrance et n'est que souffrance ne devrait-elle pas rendre la jouissance encore plus intense lorsque la satisfaction arrive enfin ?

Deuxième partie (de « Or, c'est une entreprise difficile… » l.7 à « l'apparition de ce désir » l.12).

La seconde partie du texte va s'employer à montrer comment, paradoxalement, la violence du désir, l'intensité des efforts à produire pour le voir satisfait aboutissent à un résultat, littéralement, nul, c'est-à-dire qui n'apporte « rien assurément » (l.10).
Schopenhauer commence par montrer en quoi la satisfaction de cette privation que constitue le désir nécessite d'importants efforts. Le monde matériel et humain interpose de multiples obstacles entre l'objet désiré et moi. Si la satisfaction du désir est prise de possession de l'objet, il faut que je puisse me l'approprier, le faire mien. Il y a donc une dimension matérielle indéniable de cette entreprise et, comme nous le savons bien, elle échoue souvent ou, si elle réussit, c'est au prix d'efforts importants pouvant réduire la distance qui me tenait séparé de l'objet, pouvant surmonter les obstacles qui m'empêchaient d'en prendre possession. Le désir n'est pas un moment passif, mais, au contraire, actif et pénible (« difficile, difficultés, travaux sans fin, obstacles, conquêtes… »). Satisfaire son désir est en réalité défini ici comme un travail au sens de labeur.
Cette description insiste sur le caractère pénible de la satisfaction d'un désir par contraste avec le résultat : que ressort-il de ces efforts, de ce labeur : « rien assurément ». On n'a rien « gagné ». En effet, je n'ai en réalité rien acquis, mais j'ai supprimé une souffrance. La satisfaction est une soustraction et non une addition : elle consiste à supprimer la douleur que représente le désir, mais pas à me procurer quelque chose de plus que ce que j'avais auparavant. Il y a là bien entendu un paradoxe, si l'on définit le désir comme privation et la satisfaction comme une prise de possession de l'objet « manquant », alors ce moment devrait être un moment dans lequel j'acquiers quelque chose. Mais en réalité, le sens de ce phénomène n'est que de supprimer la souffrance.
Ainsi, je retourne en arrière pour revenir à l'état qui précédait le manque. Si on écrit la chronologie des événements, cela donne la chose suivante : état 0 (état initial) – état disons « -1 » (état de désir, de privation) – état « +1 » (moment de la satisfaction où l'objet désiré est obtenu) = état « 0 » (retour au point de départ). Étant revenus à notre point de départ, nous pouvons en effet dire que c'est tout comme si rien n'avait eu lieu !

Transition. Pourtant, même ponctuellement, nous éprouvons une véritable satisfaction lorsque nous obtenons l'objet désiré. À quoi cela tient-il ? Comment Schopenhauer rend-il compte de ce sentiment ?

Troisième partie (de « Le fait immédiat pour nous… » l. 12) à la fin).

Dans cette dernière partie, Schopenhauer conclut en exposant la thèse : la satisfaction est un sentiment réel, mais éprouvé indirectement et pour ainsi dire construit alors que la souffrance est positive, c'est-à-dire immédiate, nue.
Schopenhauer dès le début de cette partie fait la comparaison entre le besoin, la douleur, la souffrance immédiate que constitue la privation et donc le désir et la satisfaction qui est elle, indirecte. Pour éprouver le manque, je n'ai besoin de rien d'autre que de vivre le manque lui-même. C'est pourquoi il évoque le « besoin tout seul » (l.12). Au contraire, la satisfaction est indirecte. Elle ne peut pas être directe, en effet, car elle n'est en elle-même rien, comme nous l'avons vu dans la partie précédente. En revanche, si nous pensons à l'état dans lequel nous étions auparavant, l'état qui précède la satisfaction, cette souffrance qui est « condition préliminaire de toute jouissance » (l.3) alors nous ne pouvons qu'être satisfaits de notre état présent. Satisfaits au sens le plus littéral du terme : c'est-à-dire que nous comparons le présent et le passé, la satisfaction présente et la souffrance passée et nous préférons naturellement notre situation actuelle, par où l'on éprouve cette jouissance indirecte qu'évoque ici l'auteur.
C'est pourquoi, poursuit le texte, nous « n'apprécions pas » les biens que nous possédons. « Il nous semble qu'il n'en pouvait être autrement », expression étrange qui semble signifier que nous considérons comme un dû l'obtention de ce que nous désirions. Cette idée fait sens dans la perspective de ce que nous venons de dire : puisque nous retournons à notre état initial une fois le désir satisfait, nous retournons à notre état pour ainsi dire « normal », ce qui explique que nous éprouvions ce retour au point de départ comme quasiment nécessaire.
Ainsi, Schopenhauer peut conclure : seule la souffrance est positive, non bien sûr qu'elle soit un sentiment agréable, mais elle est positive par opposition à la satisfaction qui est elle indirecte, spéculative et éprouvée par la négative : par l'intermédiaire de la représentation de ce qu'elle n'est pas, de l'état qu'elle supprime.

Éléments critiques.

Schopenhauer s'inscrit dans la tradition de la critique du désir comme souffrance qui asservit l'homme et ne peut le rendre heureux. Voir, par exemple, Platon – Gorgias (tonneaux des Danaïdes).
Il y a d'autres manières, toutefois, d'expliquer l'incapacité du désir à rendre heureux. C'est notamment ce que tente d'expliquer Kant dans Les Fondements de la métaphysique des moeurs : nous ne pouvons dire ce que nous désirons pour être heureux, car le bonheur est un état stable et durable or nous ne pouvons dire à coup sûr ce dont l'obtention nous procurerait un tel bonheur. Ce qui oppose désir et bonheur, c'est aussi la question du temps, et pas seulement la question de la jouissance. Le désir est ponctuel, le bonheur durable (c'est d'ailleurs ce que dit aussi Schopenhauer dans d'autres passages de son oeuvre).
Mais ne peut-on pas, toutefois, s'accommoder de ce désir qui nous habite ? C'est ce que Rousseau dans La Nouvelle Héloïse tente de penser. Il part du même constat que Schopenhauer mais pour montrer qu'il faut prendre acte de notre nature bornée et chercher la jouissance là où elle se trouve : dans l'anticipation et l'excitation de l'imagination que constitue le moment même du désir, qui précède la satisfaction. « Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! » s'exclame-t-il ainsi.
Par MISTER L. - Publié dans : Actu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Derniers Commentaires

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Profil

  • : MISTER L.
  • lairphilo
  • : Homme
  • : 56100
  • : prof de philo

Recommander

Créer un Blog

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus