Textes sur nature et culture

Publié le par MISTER L.

. Nature et culture

Textes

 

 

Texte 2.1   ROUSSEAU  Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

 

                            L’estomac ni les intestins de l’homme ne sont pas faits pour digérer la chair crue ; en général son goût ne la supporte pas. A l’exception peut être des seuls Esquimaux dont je viens de parler, les sauvages mêmes grillent leurs viandes. A l’usage du feu, nécessaire pour les cuire, se joint le plaisir qu’il donne à la vue et sa chaleur agréable  au corps. L’aspect de la flamme qui fait fuir les animaux et attire l’homme. On se rassemble autour d’un foyer commun, on y fait des festins, on y danse ; les doux liens de l’habitude y rapprochent insensiblement l’homme de ses semblables, et sur ce foyer rustique brûle le feu sacré qui porte au fond des cœurs le premier sentiment  de l’humanité.

 

 

 

 

 

 

Texte 2. 2   ROUSSEAU  Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

 

« Il est aisé de voir qu’entre les différences qui distinguent les hommes, plusieurs passent pour naturelles qui sont uniquement l’ouvrage de l’habitude et des divers genres de vie que les hommes adoptent dans la société.

Ainsi un tempérament robuste ou délicat, la force et la faiblesse qui en dépend, viennent le plus souvent de la manière dure ou efféminée dont on a été élevé, que de la constitution  primitive des corps. Il en est de même des forces de l’esprit, et non seulement l’éducation met de la différence entre les esprits cultivés et ceux qui ne les ont pas, mais elle augmente celle qui se trouve entre les premiers à proportion de la culture ; car qu’un géant  et un nain marchent ensemble sur la même route, chaque pas qu’ils feront l’un et l’autre donnera un nouvel avantage au géant. Or, si l’on comparer la diversité prodigieuse d’éducations et de genres de vie qui règnent dans les différents ordres de l’état civil avec la simplicité et l’uniformité de la vie animale et sauvage, où tous se nourrissent  des mêmes aliments, vivent de la même  manière et font exactement les mêmes choses, on comprendra combien la différence d’homme à homme doit être moindre à l’état de nature que dans celui de la société ; et combien l’inégalité naturelle doit augmenter dans l’espèce humaine par l’inégalité d’institution. »

 

 

 

 

 

 

 

Texte 2. 3 SENEQUE De la tranquillité d’âme

 

                               Il existe une autre source de tourments qui n’est pas négligeable : c’est lorsqu’on met un soin maladif à jouer un personnage et qu’on ne se montre à personne tel qu’on est ; beaucoup d’entre nous mènent ce genre de vie artificielle et tournée vers l ‘apparence : de fait, nous souffrons le martyre de devoir nous surveiller sans cesse et de redouter d’être surpris sous un autre jour que celui que nous montrons habituellement. Jamais nous ne connaissons de répit puisque nous croyons être jugés à chaque regard posé sur nous. Nous risquons à  chaque instant d’être percés à jour et, à supposer que nous soutenions cette vigilance de tous les instants, la vie n’est pas pour autant agréable ou paisible pour qui vit toujours masqué.

Quel plaisir, en revanche, d’être complètement naturel et tel qu’en nous même, de ne pas dissimuler notre comportement ! Cependant, cette façon de vivre, elle aussi risque d’attirer le mépris si nous permettons à tout le monde de nous voir dans notre vérité. Il y a, en effet, toujours des gens pour éprouver de l’aversion envers ce qui se découvre à eux aisément. Mais le mérite ne peut pas se dévaloriser pour s’être livré aux regards et mieux vaut se faire mépriser pour son ingénuité que pour sa continuelle hypocrisie. Restons toutefois dans un  juste milieu : la différence est grande entre le naturel et le laisser-aller !

 

 

 

Texte 2.4   KANT Réflexions sur l’éducation

 

      On pose la question de savoir si l’homme est par nature moralement bon ou mauvais. Il n’est ni l’un ni l’autre, car l’homme par nature n’est pas du tout un être moral ; il ne devient un être moral que lorsque sa raison s’élève jusqu’aux concepts du devoir et de la loi. On peut cependant dire qu’il contient en lui-même à l’origine des impulsions menant à tous les vices, car il possède des penchants et des instincts qui le poussent d’un côté, bien que la raison le pousse du côté opposé. Il ne peut donc devenir moralement bon que par la vertu, c’est-à-dire en exerçant une contrainte sur lui-même, bien qu’il puisse être innocent s’il est sans passion.

La plupart des vices naissent de ce que l’état de culture fait violence à la nature et cependant notre destination en tant qu’hommes est de sortir du  pur état de nature où nous ne sommes que des animaux.

 

 

 

 

 

 

T 2. 5  FREUD  Malaise dans la civilisation

                       L’homme n’est point cet être débonnaire au cœur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend lorsqu’on l’attaque, mais un être, au contraire qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n’est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possible, mais aussi un objet de tentation. L’homme est, en effet, tenté de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagements, de l’utiliser sexuellement sans son contentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui  infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus : qui aurait le courage, en face de tous les enseignements de la vie et de l’histoire, de s’inscrire en faux contre cet adage ?

Cette tendance à l’agression, que nous pouvons déceler en nous- mêmes et dont nous supposons, à bon droit l’existence chez autrui, constitue le principal facteur de perturbation de nos rapports avec notre prochain. C’est elle qui impose à la civilisation tant d’efforts. Par suite de cette hostilité primaire qui dresse les hommes les uns contre les autres, la société civilisée est constamment menacée de ruine.

 

T 2. 6 MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception

                   L’usage qu’un homme fera de son corps est transcendant à l’égard de ce corps comme être simplement biologique. Il n’est pas lus naturel ou pas moins conventionnel de crier dans la colère ou d’embrasser dans l’amour que d’appeler une table une table. Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventées comme les mots. Même ceux qui, comme la paternité, paraissent inscrits dans le corps humain sont en réalité des institutions. Il est impossible de superposer chez l’homme une première couche de comportements que l’on appellerait « naturels »et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens qu’il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique- et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité animal, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d’échappement et par un génie de l’équivoque qui pourraient servir à définir l’homme.

 

T 2. 7 MERLEAU-PONTY La structure du comportement

            Ce qui définit l’homme n’est pas la capacité de créer une seconde nature - économique, sociale, culturelle - , au-delà de la nature biologique, c’est plutôt celle de dépasser les structures crées pour en créer d’autres. Et ce mouvement st déjà visible dans chacun des produits particuliers du travail humain. Un nid est un objet qui n’a de sens que par rapport à un comportement possible de l’individu organique et, si le singe cueille une branche pour atteindre un but, c’est qu’il est capable de conférer à un objet de la nature une valeur fonctionnelle. Mais le singe n’arrive guère à construire des instruments qui lui serviraient seulement à en préparer d’autres, et nous avons vu que, devenue un bâton, la branche d’arbre est supprimée comme telle, ce qui revient à dire qu’elle n’est jamais possédée comme un instrument dans le  sens plein du mot. Dans les deux cas, l’activité animale révèle ses limites : elle se perd dans les transformations réelles qu’elle opère  et ne peut les réitérer. Au contraire, pour l’homme la branche d’arbre devenue bâton restera justement une branche-d’arbre-devenue-bâton , une même chose dans deux fonctions différentes, « visible pour lui » sous une pluralité d’aspects. Ce pouvoir de choisir et de varier les points de vue lui permet de créer des instruments, non pas sous la pression dune situation de fait, mais pour un usage virtuel et en particulier pour en fabriquer d’autres.

 

 

 

 

 

 

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Publié dans La culture

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