L'esprit critique : objectif de la philo en term
1. Développer l’esprit critique
2. Se constituer une culture philosophique initiale
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« D’où vient qu’un boiteux ne nous irrite pas et un esprit boiteux nous irrite ? A cause qu’un boiteux reconnait que nous allons droit et qu’un esprit boiteux dit que c’est nous qui boitons. Sans cela nous en aurions pitié et non colère. »
Pascal, Raison des effets
Mettre à mal le prêt à penser, c’est-à-dire les préjugés, les idées reçues en un mot, la bêtise : voilà la tâche impossible et nécessaire du philosophe. Impossible car les « boiteux » sont indénombrables. Il faut avoir conscience de son ignorance pour désirer connaître ; mais qui se plaint vraiment de son manque de jugement ? Voilà comment certains suffisants dédaignent philosopher. Travailler sur soi n’est pas sans susciter quelques réticences qui se traduisent souvent par l’affirmation péremptoire de l’inutilité de la philosophie, comme si l’utilité était la première des valeurs, et comme si tout ce qui a besoin de temps était à proscrire. Quand le niais adhère (croit tout ce qu’on lui dit ou qu’il entend à la télévision), le philosophe prend de la distance. Il s’agit ainsi à la fois de risquer le voyage de la réflexion, en s’appuyant sur les grands aventuriers qui ont, plus longtemps et mieux que nous, côtoyés le pays de la vérité. Il serait téméraire, c’est-à-dire stérile de partir seul, il faut pouvoir naviguer dans le brouillard et les récifs sont nombreux : nous avons donc besoin des lumières des grands auteurs. Précisons que s’il s’agit d’y voir plus clair, le voyage est d’abord intérieur. Prendre l’air, c’est nettoyer son âme de la bêtise, se débarrasser de la boue des lieux communs. Critiquer, vient du grec krisis qui signifie discerner, trier, séparer… sinon l’ivraie du grain, le vrai du faux, le bien du mal, le beau du laid. Avoir l’esprit critique c’est donc faire preuve de discernement. Ne rien admettre en ses pensées qui n’ait été passé au crible, testé, évalué. Cultiver son esprit critique, c’est donc travailler sur soi et devenir un citoyen autonome en apprenant à bien juger, à penser par soi-même par la médiation de la culture philosophique.
De trop longs discours seraient inutiles, vous devrez vous plongez, au plus tôt, dans le bassin pour apprendre à nager. Attention ! Vous ne gagnerez pas les jeux olympiques dès les premiers entraînements ! On a le droit de ne pas être sur le podium, mais il serait ridicule de se décourager trop vite. Les obstacles seront nombreux, et il faudra s’armer de patience.
Certains se révèlent seulement au troisième trimestre ! Je ne veux pas vous faire croire que l’épreuve est facile, car elle est très exigeante, mais non dénuée de plaisir, une fois qu’on a dépassé l’impression de fraîcheur de l’eau…
je vous conseille vivement l'ouvrage de Jean Pau Jouary Entrer en philosophie, voir plus loin sur le blog dasn la rubrique conseils de lecture.
UNE DEMARCHE
Partager vos idées avec des amis, et apprenez à accepter la critique et à défendre votre point de vue en argumentant
Organisez-vous de façon à libérer du temps pour lire régulièrement (même des textes courts pendant 10 minutes) et pour coucher sur le papier vos intuitions
Lisez aussi souvent que vous le pouvez des textes des grands auteurs : ce sont les meilleures fréquentations. Choisissez, pour commencer, les thèmes qui vous intéressent.
Ecrivez vos réflexions sur un carnet, entraînez-vous à trouver les mots justes, à définir au mieux des notions complexes. L’écrit nous sort parfois de la trompeuse clarté des intuitions. La difficulté n’est pas le signe d’une impasse, mais au contraire, elle est le signe qu’une prise de conscience : on ne peut pas écrire n’importe quoi, affirmer n’importe quoi, il y a les mots justes et ceux qui en conviennent pas. C’est là aussi faire le tri.
Voilà, si vous me le permettez, un « carré magique » ou un POLE DE REUSSITE…ou du moins ce qui lui est indispensable. Assister au cours ne suffit pas, cette matière prépare déjà au principe de la fac : 20 h de cours signifie 20h de travail personnel. Il faut renverser la logique des petites classes. Assister à un cours, n’est pas découvrir passivement un contenu à apprendre par cœur. Assister à un cours, c’est analyser la démarche du professeur, le plan de son cours, et vérifier qu’on a bien compris ce qu’on a déjà lu par soi-même. Certes, je en suis pas naïf, je sais bien qu’en terminale, nombreux sont ceux qui rêvent encore ou qui sont lassés du travail scolaire à un âge où d’autres terrains de jeux se présentent…Mais, au moins, les choses seront dites : On ne devient pas Zidane(ou Laure Manaudou) au premier entraînement. Travailler, c’est travailler pour soi, pour se changer ou se préparer à affronter les responsabilités (par ex. Chaque citoyen peut être tiré au sort et devenir juré et décider de la culpabilité ou de l’innocence de l’accusé) et les accidents de la vie. Même celui qui n’a pas connu de difficultés peut aborder la philosophie avec le plaisir de comprendre et la satisfaction de re-découvrir, voire de s’émerveiller de ce monde dont seul le boiteux prétend avoir fait le tour.
Frédéric Lair