Le problème dans un texte de philo
| 1 Dès que le plus faible des hommes a compris q’il peut garder son pouvoir de juger, tout pouvoir extérieur tombe devant celui-là. Car il faut que tout pouvoir persuade. Il a des gardes, c’est donc qu’il a persuadé ses gardes. Par un moyen ou par un autre, promesse ou menace ; si les gardes refusent de croire, il n’ y a plus de tyran. Mais les hommes croient aisément. Ils soumettent leur 5 jugement aux promesses et aux menaces. Nous ne le voyons que trop. Ce n’est pas peu de dissoudre d’abord cette force politique, qui se présente à l’esprit sous les apparences d’une force mécanique. Toute force politique agit par les esprits et sur les esprits .Les armées sont armées par l’opinion. Dès que les citoyens refusent d’approuver et de croire, les canons et les mitrailleuses 9 ne peuvent plus rien. |
ALAIN
Ce qui fait problème :
Le texte porte sur le pouvoir, et plus particulièrement sur les limites de la force. La force physique, qu'elle prenne la forme de la violence, de l'oppression ou de l'armée est-elle si contraignante qu'on ne puisse rien contre elle ? Est-elle « l’ennemi numéro un » de la liberté, « l’absolue nécessité »? N’y a-t-il pas une autre force, plus pernicieuse, parce qu’elle se dissimule en deçà du réflexe pratique d’adaptation, ou du désir de sécurité, à savoir la force des idées et ce qui en est au principe : le pouvoir de juger ?
Qu’est-ce qui est, véritablement, au fondement de toute liberté ?
Que peut la force contre la liberté de pensée ? Est-il illusoire de croire qu’il est possible de s’opposer et de résister ?
Alain soutient que la force des corps peut être neutralisée ou rendue impuissante par une force spirituelle, ainsi présupposée supérieure. Du moins , faut-il l’espérer sinon comment résister aux canons autrement que par la brutalité ? Ce qui est décisif, c’est la liberté de la pensée : l’éducation est donc au fondement de toute liberté. Autant, le jugement éclairé est capable de surmonter l’oppression et de faire taire les canons, ou plutôt d’éviter qu’ils ne commencent à tirer, auntant l’opinion est source d’instabilité, elle peut se renverser selon la force d’un vent de promesses ou de menaces. Autrement dit, la paix se gagne par la culture. La force du faible c’est son pouvoir de juger : n’est pas nécessaire, ce qu’on croit…