Cours ST2S La culture
COURS source : INTELLEGO
POUR TERM ST2S
C2 LA CULTURE Septembre et Octobre 2008
la culture et l’homme
Pour le plaisir et pour se mettre en appétit un poème
Entre tant de merveilles du monde,
la grande merveille c’est l’homme.
il parcourt la mer qui moutonne quand la tempête souffle du sud,
il passe au creux des houles mugissantes,
et la plus ancienne des divinités, la Terre souveraine
l’immortelle, l’inépuisable,
Une année après l’autre
Il la travaille, il la retourne,
Alignant les sillons au pas lent de ses mules.
Le peuple oiseau, race légère,
et les fauves des bois, et la faune marine,
il les capture au creux mouvant de ses filets,
cet inventeur de stratagèmes !
Il attire dans ses pièges
le gros gibier des plateaux,
il courbe sous le collier le col crépu du cheval,
ou le taureau des monts dans le plein de sa force.
Et le langage, et la pensée rapide comme le vent
et les lois et les mœurs,
il s’est tout enseigné sans maître,
comme à s’abriter des grands froids
et des traits perçants de la pluie.
Génie universel et que rien ne peut prendre
au dépourvu, du seul Hadès
il n’élude point l’échéance,
bien qu’à des cas désespérés, parfois il ait trouvé remède.
Riche d’une intelligence incroyablement féconde,
du mal comme du bien il subit l’attirance,
et sur la justice éternelle
il greffe les lois de la terre.
Mais le plus haut dans la cité se met au ban de la cité
si, dans sa criminelle audace, il s’insurge contre la loi.
A mon foyer ni dans mon cœur
le révolté n’aura jamais sa place.
Sophocle 442 avant JC
Antigone v. 332 à 375
Première lecture suivie Le mythe dans le Protagoras de Platon
Page 34 et 35 dans leur manuel Magnard
I Le mythe de Prométhée Platon Protagoras
A Généralités sur ce mythe
Un mythe est un récit qui se transmet de génération en génération, de façon orale à l’origine (muthos en grec signifie parole). C’est un discours symbolique, ni historique, ni scientifique, qui demande donc à être déchiffré, interprété, et qui nous indique ce qu’il en est du sens de l’existence humaine : d’où venons-nous ? Quelle est notre nature ? Quelle est notre destination ? Notre destin dépend-il de nous ?
Le mythe essaie donc de répondre à des questions auxquelles nous ne savons pas répondre avec certitude. Le discours mystérieux et parfois obscur du mythe suscite l’imagination et le rêve. Il touche notre sensibilité en traitant de manière concrète et figurée ce qui nous tient au plus profond : le sens de notre vie.
Le mythe a une dimension morale et religieuse et joue un rôle décisif dans l’éducation. Non seulement il donne des repères à l’enfant qui n’a pas encore la capacité de se servir de sa raison, mais il donne sens, pour l’homme raisonnable, aux questions qui dépassent le pouvoir de la raison.
Le mythe de Prométhée est ainsi destiné à rendre intelligible la situation de l’homme dans le monde en relatant le récit de ses origines. Ce mythe antique, très célèbre, a connu de nombreuses versions On voit par cette diversité des versions, qu’il n’est pas question, avec le mythe, d’atteindre une vérité objective. S’il y avait une vérité objective, il n’y aurait qu’une seule version du mythe. Il s’agit de donner un sens à la condition humaine mais sans se préoccuper de la vérité ou même du vraisemblable.
Pour répondre à la question que lui pose Socrate, Protagoras reprend un récit mythologique bien connu et l’accommode ici pour le faire servir à ses desseins. Protagoras est un sophiste (du grec sophos savant). Les sophistes sont des professeurs itinérants qui, à partir du Vème siècle avant notre ère, vont de cité en cité enseigner l’art oratoire (les techniques de la rhétorique) et se font payer leurs leçons. Ils triomphent à Athènes où le régime politique est la démocratie et où, en conséquence, la parole est puissante. Se montrer éloquent et persuasif lors des débats démocratiques est la condition du pouvoir. Les jeunes gens, désireux de pouvoir participer à l’administration des affaires publiques, comprennent que pour l’emporter devant l’assemblée, il leur faut apprendre à bien parler. Socrate et Platon dénoncent fortement ce goût pour la domination qui, au mépris de toute justice, ne peut que conduire à la tyrannie.
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B L’arrivée des hommes
§ 1 La distribution des dons naturels.
Le mythe commence par le récit de la naissance de l’homme. Epiméthée, dont le nom signifie qu’il ne réfléchit qu’après coup, comprenez trop tard, se charge de répartir les dons des dieux. Et Prométhée, donc le nom indique la capacité de prévoir et d’anticiper ne viendra qu’en second lieu, pour contrôler le partage opéré par Epiméthée. On peut déjà pressentir le pire dans cette interversion des rôles.
C Le vol du feu, condition de la naissance des arts et de la société.
On voit à quel point Epiméthée fait preuve d’astuce pour produire un équilibre naturel propre à assurer la survie des diverses espèces. Mais, dans son zèle généreux, il a oublié l’home. Prométhée constate le désastre et doit intervenir pour sauver l’espèce humaine d’une mort certaine.
D Mais les techniques ne suffisent pas à préserver la vie des hommes.
Grâce au don du feu, les hommes vont pouvoir faire société. Le feu est un artifice au double sens du mot :il est artificiel, non naturel, et il est artificieux, obtenu par ruse. Il rend possible la métallurgie qui donne armes et outils, il protège et réconforte grâce à la chaleur du foyer. Il est symbole d’affection et favorise la vie communautaire.
E La science politique est nécessaire pour assurer la vie bonne.
Les hommes ont donc fait société par intérêt, pour échapper au péril. Ils partagent des croyances religieuses, ils communiquent par le langage, ils inventent des techniques et nouent entre eux des relations économiques. Mais une telle société n’est fondée que sur la convergence des intérêts et ceux-ci peuvent ensuite diverger : ils ne constituent pas un fondement stable.
Pour devenir une véritable communauté, la société doit se stabiliser et seules des institutions politiques peuvent remplir ce rôle et permettre que naissent et se tissent entre les hommes les liens de l’amitié.
On voit donc très clairement ici comment sont pensés les métiers et les techniques, c’est-à-dire l’économique par rapport au politique. Par leurs métiers, les hommes se différencient et se distinguent les uns des autres. Ils peuvent coopérer par intérêt, mais peuvent aussi s’opposer et s’affronter par intérêt également. Le domaine des techniques et de l’économie est nécessaire, mais ne suffit pas à fonder une communauté humaine. C’est la politique qui fournit le fondement et qui constitue le lien de la communauté des citoyens. La vertu civile, sous les aspects de la pudeur (respect des autres et de soi-même) et la justice (qui règle les lois de la cité) est selon Protagoras, partagée entre tous. Cette affirmation concerne la démocratie athénienne qui affirme l’égalité de tous les citoyens devant la loi et leur égale qualification pour participer aux délibérations et aux décisions politiques.
LA CULTURE
Culture désigne l’action de cultiver la terre et par extension, celle d’éduquer l’esprit et de développer les facultés intellectuelles.
Sigmund Freud 1856-1939 Malaise dans la civilisation 1929
« Le mot Culture désigne la somme totale des réalisations et dispositifs par lesquels notre vie s’éloigne de celle de nos ancêtres animaux et qui servent à deux fins : la protection de l’homme contre la nature et la réglementation des relations des hommes ente eux. » ;
Introduction
L’homme apparaît, d’abord comme un être vivant faisant partie du règne animal, lié au milieu naturel dans lequel il se développe. Première particularité, il ne peut survivre sans adapter ce milieu à ses besoins et cette adaptation l’oblige à transformer son milieu naturel.
L’homme à l’état de nature, c’est un homme qui vit dans une situation de dépendance et de faiblesse..
Dans des conditions difficiles, la vie s’appelle survie. Il s’agit pour l’espèce, de se nourrir et de se reproduire.
Ces fonctions inhérentes à la vie engendrent des réactions élémentaires.
Se défendre, et pour cela s’organiser, travailler, transformer, inventer, pour adapter ce monde naturel à nos besoins. Cette situation est bien « racontée » dans le mythe de Protagoras.
1 Culture et nature humaine
A L’homme est issu de la nature
Considérons aussi que ce mot nature nous l’employons non seulement pour désigner ce milieu plus ou moins transformé dont nous sommes issus, mais nous l’employons aussi pour désigner ce qu’est une chose, la nature de cette chose, au fond la chose telle qu’elle est si rien ne vient la transformer.
Ce qui différencie fondamentalement l’homme de l’animal, c’est que l’homme n’en reste pas à sa nature, il se transforme et se perfectionne à l’infini alors que l’animal peut difficilement dépasser ce que la nature a fait de lui.
L’homme est issu de l’évolution naturelle des espèces, nous le savons depuis que Darwin l’a démontré au XIXè siècle. Nous sommes faits des mêmes matériaux que les autres animaux. Leurs comportements sont souvent des ébauches des nôtres. Les aptitudes propres à notre espèce sont naturelles : notre cerveau est certes infiniment plus complexe que le leur, mais il ne contient aucune substance différente et surnaturelle. Toutes ces considérations nous situent dans la continuité du monde animal. Mais nous n’en restons pas à ce stade de ressemblance biologique.
Nous allons donner de la nature de l’homme une explication qui tient en deux idées ; premièrement les possibilités exceptionnelles de l’espèce humaine proviennent de l’évolution naturelle des espèces ; deuxièmement, l’individu né homme ne devient humain que s’il est formé par la culture, c’est-à-dire par un arrachement d’abord à la nature et par tout ce qu’il transmet aux générations suivantes par l’apprentissage et l’éducation.
Nous sommes donc hommes par nature et nous sommes humanisés par la culture c’est-à-dire le travail, le langage et l’organisation politique.
B humanisé par la culture
Puisque nous nous distinguons des autres vivants sur Terre, il faut maintenant voir les activités que nous appellerons le travail humain et qui n’ont absolument rien à voir avec les comportements instinctifs et bien adaptés des animaux.
Notre inventivité s’exerce dans l’art et la technique, à cela s’ajoute le langage, les règles de conduite, la conscience de soi, la conscience du temps, la conscience de la mort, c’est cet ensemble complexe qui constitue ce que nous appelons la culture.
c’est-à-dire le travail le langage et l’organisation politique ou pour le dire autrement tout ce que nous avons mis en place pour pouvoir communiquer, échanger et vivre ensemble.
Puisque nous sommes des êtres vivants créés par la nature, en quoi sommes-nous sortis de notre animalité ?
Tous les membres de l’espèce humaine, mais eux seuls, naissent avec des dispositions au langage et à la pensée. A partir de ces aptitudes que l’homme possède par nature, la vie humaine s’est séparée de la vie animale sur trois plans : le travail, l’univers symbolique ouvert par le langage et l’organisation politique.
L’homme est le vivant qui travaille, autrement dit un fabricateur d’outils. Lors de fouilles archéologiques on sait que l’on est en terrain humain dès que l’on trouve des silex taillés.
C’est que le travail humain ne se contente pas d’utiliser les instruments naturels, il les transforme, il ne se contente pas non plus d’utiliser les ressources naturelles en vue de satisfaire ses besoins de survie, il transforme la nature, invente de nouveaux produits à consommer ou à utiliser. Ainsi apparaissent des besoins artificiels, mais nécessaires à l’homme artificiel qu’il est devenu. Le travail des hommes, dit Marx, produit leur monde matériel et spirituel, et par suite leur mode de vie.
L’homme le vivant qui parle ; grâce à sa raison, l’homme perfectionne son moyen de communication pour en faire un langage complexe, très élaboré et par le vecteur de ce langage, il met en place tout un univers d’idées, de formes, de valeurs morales et esthétiques,
Les fouilles archéologiques encore, nous révèlent que les hommes sont sans doute les seuls êtres qui enterrent leurs morts en donnant aux membres du cadavre une disposition particulière et chargée de sens.
L’homme le vivant politique. Dans une société animale comme celle des abeilles, il n’y a ni interdit ni obligation parce qu’il n’y a pas de valeurs morales, pas de principes juridiques, pas de lois, d’institutions à respecter. A la société animale qui est consacrée à la vie de l’espèce, Aristote oppose la cité humaine, la polis, qui est destinée à une vie moralement bonne.
L’homme est donc à la fois un animal et un être de culture qui travaille, qui parle et qui vit en société. Comment coexistent en lui ces domaines ?
2 Les humains se cultivent
Nous l’avons dit, notre vie entière est transformée par le travail, le langage et la vie sociale. Nos sens sont capables de percevoir non seulement les choses mais leur beauté ; le besoin de s’alimenter se transforme en goûts culinaires et en convivialité ; le besoin de se vêtir en mode vestimentaire, le besoin sexuel en désir amoureux. Le langage qui est le lieu de production et de communication de toutes ces valeurs symboliques, est le milieu dans lequel l’homme devient humain, réalise sa véritable nature.
Il résulte de cette humanisation par le langage et la culture que nous sommes de part en part à la fois des êtres de nature et des êtres de culture.
A Par nature ils mettent en commun
Travailler en cours, ce texte le texte page 18 du manuel des élèves Magnard.
Aristote La politique livre 1 chapitre 2
Il est donc évident que la cité est du nombre des choses qui sont dans la nature, que l’homme est naturellement un animal politique, destiné à vivre en société et que celui qui, par sa nature et non par l’effet de quelque circonstance, ne fait partie d’aucune cité, est une créature dégradée ou supérieure à l’homme. Il mérite comme dit Homère le reproche sanglant d’être sans famille, sans lois, sans foyers ; car celui qui a une telle nature est avide de combats et, comme les oiseaux de proie, incapable de se soumettre à aucun joug.
On voit d’une manière évidente pourquoi l’homme est un animal sociable à un plus haut degré que les abeilles et tous les animaux qui vivent réunis. La nature comme nous disons ne fait rien en vain. Seul entre les animaux, l’homme a l’usage de la parole ; la voix est le signe de la douleur et du plaisir et c’est pour cela qu’elle a été donnée aussi aux autres animaux.
Leur organisation va jusqu’à éprouver des sensations de douleur et de plaisir et à se le faire comprendre les uns aux autres ; mais la parole a pour but de faire comprendre ce qui est utile ou nuisible et, par conséquent aussi ce qui est juste ou injuste. […]
L’association des citoyens au sein d’un même Etat, n’a pas pour but la seule existence matérielle, mais bien plutôt la vie heureuse.
Vocabulaire du texte
Cité : Traduction du mot grec polis qui dans l’Antiquité désignait un Etat centré sur une ville à laquelle s’ajoutait la campagne environnante.
L’homme est naturellement un animal politique : la nature de l’homme est de vivre en société.
Joug, métaphore pour désigner la domination et la contrainte.
La voix en grec phonè, Désigne l’expression animale, le cri par opposition à la parole articulée (en grec logos).
Travail à faire à partir du texte d’Aristote.
1 Trouver le thème, de quoi parle le texte, l’exprimer en une phrase claire mais complète.
2 Quelle est la thèse de l’auteur, c’est-à-dire l’idée qu’il défend par l’argumentation de ce texte ?
3 Découper ce texte en trois parties et donner un titre à chaque paragraphe ainsi découpé.
4 Trouver la suite des arguments qui prouve que l’homme est fait pour vivre au sein d’une cité.
5 Répondre aux questions suivantes en écrivant pour chaque question une argumentation de plusieurs phrases, (maximum 10 lignes). Vous devez utiliser le texte, donner la preuve que vous réfléchissez à ses arguments et discuter ceux-ci c’est-à-dire compléter ces arguments, les enrichir, ou au contraire les réfuter.
a) Quelle est la différence essentielle entre ce que les animaux expriment avec leur voix et ce que nous exprimons avec nos paroles ?
b) Quel est selon vous le rôle de la parole dans la vie des hommes.
c) Qu’est-ce qui distingue la cité humaine de la cité animale ?
d) Comment Aristote imagine-t-il un être humain, adulte qui ne vivrait pas en cité ?
1 A quel projet la nature a-t-elle destiné l’homme d’après A ?
L’homme est destiné à vivre en société. Il faut comprendre cette proposition dans son sens fort : il est fait pour participer à la vie de la Cité afin de définir, en commun avec ces concitoyens, en quoi doit consister le Bien et le Juste.
2 Expliquez la phrase : « La nature ne fait rien en vain ».
La nature est ici un principe qui assigne une place à chaque être dans l’ordre du monde, et qui le fait évoluer, de façon à ce qu’il s’épanouisse et contribue ainsi à la perfection du monde. Il n’y a donc nul arbitraire dans les caractères que la nature attribue à chaque être.
(nous pouvons faire un rapprochement avec la thèse de Descartes sur la nature).
3 Relevez les points qui permettent d’opposer la sociabilité de l’homme et celle de l’abeille ;
L’abeille appartient à une espèce où les individus sont réunis. Pourtant elle n’a pas la parole, bien qu’A semble ne pas exclure qu’elle puisse exprimer à ses congénères des sensations. La sociabilité de l’abeille, n’est qu’un moyen pour réaliser un but fixé par la nature. Les hommes eux, se réunissent et se parlent leur sociabilité intègre la définition de leurs buts.
4 Quelle différence A établit-il entre la voix (en grec phone) et la parole (en grec logos) ? En quoi cette différenciation permet-elle de caractériser l’homme comme animal politique ?
La voix permet d’exprimer les sensations de plaisir et de déplaisir, elle est un attribut des animaux en général ; la parole permet de se représenter, réfléchir et communiquer ses idées, elle n’appartient qu’à l’homme. Par la parole l’homme peut définir les valeurs qui vont présider à la vie sociale, et donc les règles selon lesquelles celle-ci va être organisée, ce qui est proprement l’activité politique.
5 Analyse du texte
Ce texte pose que l’homme accomplit pleinement sa nature en accédant à la qualité de citoyen. Selon Aristote en effet, la nature poursuit des buts très précis et elle « a destiné l’homme à vivre en société ». Or dans les lignes qui précèdent cet extrait, A définit clairement que « la nature est la vraie fin de toutes choses », ce qui signifie qu’elle n’est pleinement réalisée que lorsque les êtres qui la composent ont atteint leur plein épanouissement. On comprend alors pourquoi Aristote écrit que celui qui ne fait partie d’aucune cité est moins un homme « qu’une créature dégradée », car rien ne vient chez lui réaliser la nature de l’homme. A moins qu’il ne soit un dieu ce qui le met tout autant hors de l’humanité. Il faut alors se demander pourquoi la Cité, avec ses lois, ses gouvernants, ses assemblées, est le seul type d’association qui puisse réaliser vraiment la destination de l’homme ? Pour répondre à cette question Aristote distingue la famille comme niveau d’association qui répond seulement aux exigences de conservation et de reproduction de la vie des individus. Il en va de même pour les groupements de famille, ces clans qui s’unissent ponctuellement pour s’entraider et permettre, grâce à un début d’échange, une satisfaction plus aisée des besoins vitaux. Mais ces deux niveaux, la famille et le clan ou « village », nous sont encore communs avec certains animaux, tels les abeilles qui vivent en ruche. Or l’homme et lui seul, connaît un troisième niveau d’organisation qui le distingue « à un plus haut degré », de tous les animaux qui vivent réunis. Comment sait-on que la nature a réservé à l’homme l’accès exclusif à ce troisième niveau ? « La nature nous dit Aristote ne fait rien en vain» Or l’homme n’a pas été seulement pourvu de la faculté de pousser des cris pour exprimer comme les autres animaux plaisir ou douleur, mais surtout de la parole.
C’est cette faculté qui lui permet de faire « comprendre ce qui est utile ou nuisible et, par conséquent aussi, ce qui est juste ou injuste », c’est-à-dire de nommer et d’élaborer collectivement le problème des valeurs finales que sont le Bien et le Juste. Ainsi la ligne de rupture entre la Cité et les associations non politiques (le troupeau, la ruche) repose sur la possession de la parole (logos).
Par ce texte Aristote s’oppose à l’idée qui a pu être donnée de l’association des hommes en Cité pour satisfaire les seuls besoins vitaux, en vue de l’organisation économique, en réglant les échanges des biens issus du travail et en assurant leur protection contre la convoitise d’autrui. Or pour Aristote, la satisfaction des besoins les plus immédiats (se nourrir en particulier), qu’il appelle le domaine du « vivre », est le but des niveaux d’organisation inférieure (clan, troupeau). Il est clair pour lui que le véritable but poursuivi par l’organisation politique n’est pas le besoin, mais la recherche du bonheur, qu’il appelle le « bien vivre », but moral et non purement économique, car il est lié à la réalisation de la justice.
C’est pourquoi Aristote répète à la suite de cet extrait : « L’association des citoyens au sein d’un même Etat, n’a pas pour but la seule existence matérielle, mais bien plutôt la vie heureuse ». Si la Cité n’avait pour but que la seule existence matérielle, la parole aurait été donnée à l’homme en vain. En effet, les animaux arrivent à répondre à leurs besoins sans l’utiliser. Or la nature ne fait rien en vain, et c’est donc pour la réalisation de la justice, condition du bonheur, qu’elle en a doté l’homme.
La culture fait donc passer l’homme d’un état de nature hypothétique à un état social. Mais cette transition ne se fait pas sans bouleversements. En effet, tout se passe comme si la culture était une nécessité pour la vie en communauté, mais en même temps une difficulté pour l’individu lui-même. Si d’un côté, la culture permet à l’homme d’inventer ses propres conditions d’existence, de l’autre elle le contraint à se plier à un ordre qui le précède et le dépasse.
a) Perfectibles. Pourquoi disons-nous de nous-mêmes que par nature nous sommes perfectibles ?
Parce que nous ne restons pas en l’état. Nous, les humains en sociétés, nous changeons nos manières de vivre, nous les faisons progresser, nous changeons nos règles de vie en commun, nous les faisons évoluer, nous transformons nos modes d’existence par une constante amélioration de nos techniques et de nos outils. Parce que nous sommes doués de raison, nous ne pouvons nous contenter de maintenir ce qui est, mais nous cherchons à réaliser, à faire ce qui devrait être pensons-nous selon des valeurs qui elles aussi sont mouvantes.
b) nécessité d’une éducation Dans le milieu humain dans lequel nous vivons, il n’est pas donné d’emblée sans transmission de savoir vivre ensemble, de parler, de connaître et de comprendre. Le petit d’homme imite ceux qui l’élèvent, et apprend d’eux le langage et les règles nécessaires à une vie harmonieuse dans la société où il se trouve.
Cette transmission, nous l’appelons éducation, c’est une forme d’héritage qui n’est pas biologique et qui ne suffit pas à définir un homme. L’éducation ne fait pas tout l’homme, elle l’inscrit dans un monde culturel, une civilisation dont il va apprendre à connaître les codes et dans laquelle il pourra s’épanouir, mais cette culture, ne le détermine pas non plus absolument et nous verrons quand nous aborderons la question de la liberté, que ce que l’homme fait de lui, est aussi de sa propre responsabilité,
Dans les propos de Pédagogie 1803 Kant définit les finalités de l’éducation
Dans le manuel des élèves page 24 Magnard
Dans l’éducation, il faut donc :
1 Discipliner l’homme. Discipliner c’est chercher à empêcher l’animalité de porter préjudice à l’humanité, dans l’individu comme dans l’homme social. La discipline n’est donc que l’apprivoisement de la sauvagerie.
2 Il faut cultiver l’homme. La culture comprend l’enseignement par la règle et par l’exemple. Elle consiste à procurer l’habileté. L’habileté est possession d’une capacité suffisant à toute fin. Elle ne détermine donc nulle fin, elle en laisse le soin aux circonstances qui se présentent.
Quelques formes de l’habileté sont bonnes en tous les cas, par exemple la lecture et l’écriture; d’autres ne servent qu’à un petit nombre de fins, par exemple la musique à celle de nous rendre aimables. La multitude des fins étend en quelque sorte jusqu’à l’illimité le domaine de l’habileté.
3 Il faut veiller à ce que l’homme devienne également prudent, qu’il soit à sa place dans la société humaine, qu’il ait faveur et influence. Cela implique une certaine forme de culture que l’on nomme civilisation. Elle réclame, manières, gentillesse et une certaine prudence à utiliser les humains à ses propres fins. Elle se règle sur le goût changeant de chaque époque. Ainsi l’on aimait, voici quelques décennies à peine, le cérémonial dans les relations.
4 Il faut veiller à sa moralisation. L’homme ne doit pas être habile à toutes sortes de fins, il doit aussi acquérir la disposition d’esprit qui ne lui fasse choisir que de bonnes fins. Bonnes sont les fins qui reçoivent nécessairement l’approbation de chacun et qui peuvent être en même temps les fins de chacun.
Emmanuel Kant 1724-1804 Propos de pédagogie 1803
C Éducables pour quoi faire ?
Nous avons dit que l’individu humain reçoit sa culture communautaire, sociétale par le langage, l’éducation et la morale. Il est dépendant de son entourage, non seulement économiquement, mais aussi affectivement et intellectuellement. C’est dans l’appartenance à un milieu familial et social qu’il va forger en partie son identité.. En effet, cette société par apprentissage va lui transmettre des préjugés, des comportements, des croyances, des savoirs et des valeurs. C’est parce que l’individu humain est d’une remarquable plasticité que cette éducation longue et complexe ests possible et nécessaire. Il ne s’agit pas d’un simple dressage destiné à discipliner l’enfant, mais il s’agit beaucoup plus de permettre l’exercice et le développement de facultés intellectuelles et morales. Il ne s’agit pas seulement de l’adapter à son existence dans tel milieu, dans tel environnement, il s’agit beaucoup plus de l’émanciper c’est-à-dire de lui donner les moyens de surmonter sa condition, de ne pas rester enfermer dans les particularités de tel ou tel milieu. La culture au sens complet du terme c’est une libération du sujet. Même si la rupture est difficile, il faut apprendre à s’arracher à son monde familier, à le juger librement en sachant user de son esprit critique. La culture par l’éducation, l’un des moyens de la libération des hommes.
Conclusion
La notion de culture regroupe deux sens distincts et complémentaires
D’une part c’est l’ensemble des savoirs, des savoirs faire, des œuvres transmis par l’éducation, l’instruction et cet ensemble éloigne de plus en plus et de mieux en mieux l’homme de sa condition biologique et naturelle peu adaptée sans travail.
D’autre part la culture c’est aussi l’ensemble des modes de vie d’une société, d’une communauté par lesquels elle se distingue des autres. Tout homme reçoit dans le groupe où il arrive les particularités d’une culture dans laquelle et avec laquelle il construira sa propre culture, c’est le langage dont il hérite, les règles communes, les valeurs.
Si on peut dire que la culture œuvre à l’épanouissement de capacités qui sans elle, demeureraient à l’état de potentialités, elle peut aussi produire le processus inverse quand elle s’attache à maintenir les êtres humains sous le joug des coutumes et à consacrer l’autorité exclusive de la tradition. Nous considérerons qu’il ne peut y avoir de culture proprement humaine, que celle qui favorise la liberté de penser et l’autonomie du jugement.
Vocabulaire rencontré dans le cours et distinctions conceptuelles utiles
Cause/Fin ; Expliquer/ Comprendre ; Contrat social ; Culture ; Essence ; Fin et finalité
Inné/acquis ; Morale ; Mythe ; Nature ; Nécessaire/Contingent/Possible ; Progrès
Prudence ; Raison ; Technique ; Théorie ; Utile ; Valeur ; Vertu.