Vérité et violence, préjugé et violence
VERITE ET VIOLENCE
C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité et la renforcent davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l’irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ; quand l’on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n’ont que la vanité et le mensonge ; mais la vérité et la violence ne peuvent rien l’une sur l’autre. Qu’on ne prétende pas de là néanmoins que les choses soient égales : car il y a une extrême différence, que la violence n’a qu’un cours borné par l’ordre de Dieu, qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu’elle attaque : au lieu que la vérité subsiste éternellement, et triomphe enfin de ses ennemis, parce qu’elle est éternelle et puissante comme Dieu même.
Pascal, Pensées.1670
La vérité est-elle mortelle ?
La vérité est-elle toute puissante ?
Pourquoi la vérité et la violence sont elles incommensurables ?
« Mais comment peut-on choisir de raisonner faux ? C’est qu’on a la nostalgie de l’imperméabilité. L’homme sensé cherche en gémissant, il sait que ses raisonnements ne sont que probables, que d’autres considérations viendront les révoquer en doute ; il ne sait jamais très bien où il va ; il est « ouvert », il peut passer pour hésitant. Mais il y a des gens qui sont attirés par la permanence de la pierre. Ils veulent être massifs et impénétrables, ils ne veulent pas changer : où donc le changement les mènerait-il ? Il s’agit d’une peur de soi originelle et d’une peur de la vérité. Et ce qui les effraie, ce n’est pas le contenu de la vérité, qu’ils ne soupçonnent même pas, mais la forme même du vrai, cet objet d’indéfinie approximation. C’est comme si leur propre existence était perpétuellement en sursis. Mais ils veulent exister tout à la fois et tout de suite. Ils ne veulent point d’opinions acquises, ils les souhaitent innées ; comme ils ont peur du raisonnement, ils veulent adopter un mode de vie où le raisonnement et la recherche n’aient qu’un rôle subordonné, où l’on ne cherche jamais ce que l’on a trouvé, où l’on ne devient jamais que ce que déjà, on était. Seule une forte prévention (1) sentimentale peut donner une certitude fulgurante, seule elle peut tenir le raisonnement en lisière, seule elle peut rester imperméable à l’expérience et subsister durant toute une vie. L’antisémite a choisi la haine parce que la haine est une foi ; il a choisi originellement de dévaloriser les mots et les raisons. »
Sartre, Réflexions sur la question juive
prévention : opinion défavorable formée sans esprit critique.
Questions :
Le doute est-il une faiblesse ? La certitude est-elle préférable au doute ?
En quoi l’ouverture d’esprit est-elle une vertu philosophique ?
Pourquoi ne pas vouloir d’opinions acquises ?
Pourquoi l’antisémite a-t-il fait le choix de la haine ?