L'inconscient : acte manqué

Publié le par Prof




Celui qui s’est trouvé dans le cas pénible de ne pas pouvoir retrover un objet qu’il avait lui-même rangé ne voudra pas croire qu’une intention quelconque préside à cet accident. Et pourtant, les cas ne sont pas rares où les circonstances accompagnant  un oubli de ce genre révèlent uen tendance à écarter provisoirement ou d’une façon durable l’objet dont il s’agit. Je cite un des cas qui est peut être le plus beau de tous ceux connus ou publiés à ce jour :

Un homme encore jeune me raconte que des malentendus s’étaient élevés  il y a quelques années dans son ménage : « Je trouvais, me disait-il, ma femme trop froide, et nous vivions côte à côte, sans tendresse, ce qui m’empêchait d’ailleurs pas de reconnaître ses excellentes qualités. Un jour en revenant d’une promenade, elle m’apporta un livre qu’elle avait acheté, parce qu’elle croyait qu’il m’intéressait. Je le remerciai de son « attention » et lui promis de lire le livre que je me suis mis de côté. Mais il arriva que j’ oubliai aussitôt l’endroit où je l’avais rangé. Des mois se sont passés pendant lesquels, me souvenant à plusieurs reprises du livre disparu, j’essayai de découvrir sa place sans jamais y parvenir. Six mois plus tard environ, ma mère que j’aimais beaucoup tombe malade, et ma femme quitte aussitôt la maison pour aller la soigner. L’état de la maladie devient grave, ce qui fut, pour ma femme l’occasion de révéler ses meilleures qualités. Un soir, je rentre à la maison enchanté de ma femme et plein de reconnaissance à son égard pour tout ce qu’elle a fait. Je m’approche de mon bureau, j’ouvre sans intention définie, mais avec une assurance toute somnambulique, un certain tiroir, et la première chose qui emtombe sous les yeux est le livre égaré, resté si longtemps introuvable. » Le motif a disparu, l’objet cesse d’être introuvable.

Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse

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